Club des Directeurs de Sécurité & de Sûreté Des Entreprises

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2ème Rencontres de la Sécurité Intérieure

"Les entreprises face aux nouvelles menaces : Quelle politique de Sécurité nationale ?"

Publié le 16 juillet 2010

Le 29 juin 2010 se sont tenus, à l’Assemblée Nationale, les 2e Rencontres de la Sécurité Intérieure organisées par Défense & Stratégie, avec pour thème Les entreprises face aux nouvelles menaces : Quelle politique de Sécurité nationale ?

L’évènement a été l’occasion pour les services de l’Etat en charge de ces questions (DCRI, DGSE…) et les acteurs privés de croiser leurs points de vue et de proposer des pistes de solution pour assurer la protection des entreprises.

« Le crime n’est pas en récession, la crise en est même un booster » Alain Bauer, Président du CSFRS.

Cette phrase traduit l’environnement sensible dans lequel évoluent les entreprises. Dans son intervention introductive, Alain Bauer souligne que « l’entreprise est une cible et un modèle pour le crime », soulignant que le développement des interconnexions favorisent l’hybridation entre les activités légales et illicites, dans une nébuleuse difficile à identifier par les acteurs, pouvant porter atteinte tant aux installations des entreprises, qu’à leurs employés, leurs actifs ou encore leur image.

Alain Bauer a souligné que le CDSE était l’un des rares acteurs à avoir pris ces problématiques en main, insistant sur la nécessité pour les entreprises, mais aussi les pouvoirs publics, de mieux prendre en compte les menaces pesant sur le secteur privé.

La réflexion s’est articulée autour de trois tables rondes : la politique de Renseignement au service de l’Entreprise, puis les stratégies d’Intelligence économique et enfin un focus sur la cybercriminalité comme nouvelle menace.
L’objectif principal que se donnent les services de renseignement est d’identifier les risques et menaces qu’encourent les entreprises dans leur activité. En effet, elles représentent une cible de choix car, selon Pascal Teixeira, Directeur de la Stratégie à la DGSE, elles sont occidentales, elles sont sources de revenus (notamment pour les rançons), elles sont le symbole de la globalisation et elles sont liées à des régimes politiques. Pour les protéger, M. Teixeira souligne les cinq axes de la stratégie des services de renseignement, évaluer les menaces, donner l’alerte en cas de menace imminente, conseiller sur la façon de se prémunir, entraver les menaces, intervenir pour restaurer l’intégrité.

Monsieur le Ministre de l’Intérieur, Brice Hortefeux, lors de son intervention, a souligné qu’avec la conjoncture économique difficile les entreprises étaient confrontées à des menaces inédites, « la crise économique mondiale ajoute de nouveaux risques liés à la contestation sociale », faisant référence aux menaces de destruction de l’outil de production, ainsi que la prise en otage de managers.

L’accent a été mis sur le fait que l’action des services de renseignement concerne essentiellement les entreprises agissant dans les secteurs dits stratégiques (armement, communication, énergie…) et laisse bien souvent de coté les autres secteurs d’activité. Enfin il est apparu que les PMI/PME, malgré leur rôle crucial en tant à la fois que sous traitants des grandes entreprises, mais aussi en tant que vecteur d’innovation et de compétitivité étaient mal protégées.

La deuxième table ronde était consacrée aux stratégies nationales notamment en matière d’Intelligence économique. A la lumière des interventions il est apparu un fossé intellectuel séparant les pouvoirs publics des entreprises. En effet le rôle premier des Services de Renseignement n’est pas l’Intelligence économique, et même si des collaborations existent, notamment avec la DCRI, l’objectif est avant tout de protéger contre les menaces.

Néanmoins la France dispose d’un certain nombre de dispositifs, relais de la volonté politique de mieux soutenir ses entreprises comme l’a exprimé M. Estrosi, Ministre de l’Industrie : « Seule la puissance publique peut aider les entreprises à faire face aux nouvelles menaces […] La sécurité des entreprises est un enjeu de compétitivité et de souveraineté ». Ainsi les Chambres de commerce et d’industrie représente un interlocuteur privilégié afin de protéger au mieux les savoirs faire. Dans le même temps la Gendarmerie nationale à un rôle cruciale, dont le maillage territorial est particulièrement adapté aux PME/PMI. Le projet d’un référent d’Intelligence Economique au sein des Brigades de Gendarmerie semble allé dans le sens d’une meilleure prise en compte des enjeux liés à ce que l’on nomme l’IE.

Enfin la dernière table ronde a abordé le risque croissant lié à la cybercriminalité. Il est ressorti des échanges que le principal danger était qu’il s’agissait d’un espace encore largement non règlementé, et que souvent il était difficile pour les entreprises de chiffrer les pertes liées à la cybercriminalité (qu’il s’agisse du vol de données, du piratage, mais aussi de l’attaque à l’e-réputation).
M. Arpagian, Rédacteur en chef de la Revue Prospective Stratégique, a souligné que les employés étaient un nouveau vecteur de vulnérabilité par la multiplication des réseaux sociaux, car ils fournissent, le plus souvent sans le savoir, un nombre important d’informations professionnelles.

Ces rencontres ont montré l’importance du chemin qu’il reste à parcourir, notamment dans le collaboration entre le public et le privé, mais il a aussi permis de constater que des initiatives étaient lancées, que la voie était ouverte, et que la sécurité des entreprises était enfin perçue comme un enjeu politique, figurant dans les agendas gouvernementaux.