Colloque du CDSE 2021 : retrouvez le discours d’ouverture de Stéphane Volant, président du CDSE

Publié le 2 février

Le Colloque du CDSE se tenait jeudi 16 décembre 2021, au Palais des Congrès d’Issy, sur le thème "Sécurité en entreprise : stagnation, évolution, révolution ?". Retrouvez le discours d’ouverture de Stéphane Volant, président du CDSE.

>> Retrouvez le discours de Stéphane Volant en vidéo :

"Mesdames, Messieurs, Chers Amis,

Comme chaque année, ou presque car 2020 fut une année sans le Colloque annuel du CDSE pour cause de confinement, il me revient comme une gourmandise d’ouvrir nos travaux.

Cette année est donc une année exceptionnelle à tous points de vues. D’abord parce que nous fêterons tout à l’heure, un peu comme la Reine d’Angleterre, notre jubilé, puisque le CDSE a cette année 25 ans.

Elle est aussi une année exceptionnelle car votre présence prouve à la fois votre fidélité à nos travaux, mais aussi votre courage et votre sang froid. Car, face au virus et « en sécurité » vous êtes quand même présents nombreux aujourd’hui. On me dit que vous êtes plus de 600 à vous être inscrits, faisant ainsi preuve du calme des vieilles troupes (alors même que vous êtes de plus en plus jeunes à l’instar des professionnels de la sécurité eux-mêmes dont la moyenne d’âge diminue sensiblement). Et vous êtes aussi très très très nombreux à nous suivre sur le net, plus frileux ou plus occupés, mais en tous les cas tout aussi fidèles au CDSE et à son Colloque annuel qui, depuis plus de 25 ans rassemble ainsi tous les acteurs de la sécurité.
Enfin, cette année est aussi exceptionnelle, non pas car nous recevrons tout à l’heure le ministre de l’Intérieur puisque notre colloque est pour lui aussi un rendez-vous incontournable, mais parce que nous accueillerons dans quelques secondes le président de la République. Ou plutôt, un président de la République. Et pas des moindres…

Mon Général, c’est à vous !...

Si j’ai voulu passer ces images d’archives, c’est d’abord parce qu’il n’aura échappé à aucun d’entre vous qu’en cette période de campagne électorale, l’évocation du Général De Gaulle est visiblement un élément de standing indispensable. Mais c’est aussi et surtout parce que, finalement, rien n’a vraiment changé !
Certes, le vocabulaire est un peu désuet et a un côté « ok boomer », mais 60 ans plus tard, nous tous ici nous voulons encore tout à la fois (j’aurais pu dire « en même temps ») le progrès et l’ordre, le mouvement et la sécurité, et surtout pas la pagaille.

Et si finalement, les pionniers créateurs du CDSE il y a 25 ans, ont fondé un club de Directeurs de la sécurité, c’est bien aussi pour que l’économie, leurs entreprises, prennent en compte cette double demande, cette double exigence de leurs salariés et de leurs clients. Car, effectivement, le savoir-faire des Directeurs de la sécurité, en plus de leur vertu toute romaine qui mêle honnêteté, rectitude et courage, de leur incroyable capacité à prévoir l’imprévisible, d’imaginer l’improbable et d’envisager tous les dangers sans n’en redouter aucun, le savoir-faire des Directeurs de la sécurité est bien de garantir l’équilibre raisonnable entre l’utilisation de techniques toujours plus sophistiquées ET les règles intangibles des libertés publiques, le libre-échange ET la garantie de quelques espaces indispensables de souveraineté (souveraineté qu’il ne faut pas confondre avec protectionnisme), les déplacements hors les frontières ET la sécurité de leurs collègues, des produits toujours plus sophistiqués et donc convoités ET le respect des règles interdisant la contrefaçon, l’application la plus stricte des règles de l’éthique et de la déontologie ET la compétitivité de leurs entreprises.

En une phrase : eux aussi veulent le progrès et la liberté, mais dans un espace de tranquillité et non dans une inquiétante pagaille.

En 25 ans, sous la houlette de mes prédécesseurs François Roussely et Alain Juillet que nous accueillerons tout à l’heure, les Directeurs de la sécurité ont ainsi su muter en même temps que l’importance de leurs missions s’inscrivait au cœur des stratégies de leurs entreprises, et que leurs moyens s’étoffaient à mesure que ceux de l’Etat se stabilisaient (à titre de comparaison, le budget du seul ministère de l’Intérieur sera de 14,7 milliards en 2022, tandis que celui des directions de la sécurité des seules entreprises représentées au CDSE sera de plus de 100 milliards).

Et en 25 ans, le CDSE a pris une « place à part » dans l’écosystème de la sécurité, puisqu’il est devenu le partenaire exigeant mais loyal de l’Etat, et même souvent le lieu de convergence ou le point d’équilibre entre tous les acteurs légitimes de la sécurité.

En 25 ans, de nouvelles menaces sont aussi apparues. Je pense notamment aux pandémies bien sûr mais également au risque cyber dont nous parlera tout à l’heure Guillaume Poupard, le patron de l’ANSSI ou le risque terroriste qu’évoquera sans doute aussi Nicolas Lerner, le Directeur Général de la Sécurité Intérieure. Et ces nouvelles menacent n’ont bien sûr pas remplacé les menaces anciennes qui perdurent, ainsi que la délinquance du quotidien.

Les menaces sont à la fois devenues plus diffuses et plus polymorphes. Et sur tous les continents une sorte de guerre froide économique conduit les entreprises à se protéger de périls nouveaux contre lesquels leurs Directeurs de la sécurité sont indiscutablement armés.

Ils s’appuient désormais sur une vraie connaissance de leur business, sur des expertises de plus en plus pointues, sur un maillage étroit de relations au sein de l’Etat, sur des recrutements de plus en plus divers au sein de l’entreprise et formés dans des cycles d’enseignements de plus en plus spécialisés. Ils s’appuient en haut du spectre sur la confiance de leurs dirigeants exécutifs, mais aussi sur le respect de leurs collègues, la proximité avec leurs interlocuteurs régaliens et la collaboration d’agents de sécurité privée de plus en plus efficaces car de mieux en mieux formés et donc sans doute bientôt un peu mieux payés !

Tirant les leçons de l’évolution de cet environnement, l’Etat accompagne le mouvement. Et, de ce point de vue-là, ces derniers mois ont été utiles.
L’adoption de la loi sur la Sécurité globale est un bon début. Elle reprend en effet quelques-unes des demandes formulées conjointement par le Groupement des Entreprises de Sécurité présidé par Luc Guilmin que je salue à distance puisqu’il ne peut être des nôtres et qui se distingue de certaines Sarah Bernard du secteur qui, faisant le vœu de mourir sur scène, n’ont de cesse que d’adopter des convictions à géométrie variable et de trahir leurs engagements. Ces Sarah Bernard illustrent parfaitement cette phrase de Winston Churchill : « l’un des problèmes de notre société, c’est que les gens ne veulent pas être utiles mais importants ». (Elles ou ils se reconnaîtront…).

Avec Luc Guilmin et le GES, nous ne sommes pas toujours d’accord sur tout mais nous savons, nous constatons que nous sommes irrésistibles, invincibles quand nous portons ensemble des positions communes. Car dès lors que donneurs-d’ordres et prestataires sont d’accord, l’Etat n’a plus qu’à reprendre à son compte leurs demandes comme ce fut le cas souvent en 2021 dans la loi sur la Sécurité globale, (n’est-ce pas Chère Alice Thouraud ?), et comme ce sera peut-être le cas en 2022 dans la future LOPSSI.
Mais je laisse à Gérald Darmanin nous en dire davantage tout à l’heure sur le sujet, car il sait aujourd’hui que les entreprises, si elles ont aimé 2021 et la loi sur la Sécurité globale, feront tout pour adorer 2022 et la LOPSSI à l’intérieur de laquelle devront se trouver des dispositions nécessaires pour rendre encore plus fort le maillon des entreprises au sein de la chaine de sécurité globale. C’est indispensable !

Parmi ces dispositions, je pense qu’il faudra notamment se reposer la question d’imposer une garantie financière aux entreprises de sécurité privée, d’intégrer les agents de la sécurité incendie au sein du Livre 6, de renforcer les échanges d’informations réguliers entre acteurs régaliens et acteurs privés au sein d’un Cercle de confiance.

Et le CDSE et ses partenaires auront plein d’autres idées à partager avec les équipes du ministère de l’Intérieur, puisque le ministre lui-même souhaite que nous soyons davantage encore force de proposition…

Je l’ai dit, parce qu’elles sont à la croisée des chemins de l’utile et du profitable, les questions de sécurité sont désormais prises en compte au moment des grands choix stratégiques des entreprises. Elles sont au cœur de l’économie.
C’est probablement ce que nous dirons tout à l’heure Thierry Déau, le patron de Méridiam mais aussi le président du MEDEF, Geoffroy Roux de Bézieux (dont j’ai promis de saluer l’un des lieutenants, mon Ami Pierre Brajeux).

Qui aurait pu prédire sans rire, il y a plus de 25 ans, que le CDSE serait un jour « membre associé » du patronat français et très actif au sein de ses instances ?

Et puis, je ne serais pas complet dans cette présentation des évolutions passées et des mutations à venir si je ne disais pas un mot de l’international représentés aujourd’hui par nos partenaires sénégalais, ivoiriens, américains et allemants. Franck Riester, le ministre en charge du Commerce extérieur nous le dira tout à l’heure comme Jean-Yves Le Drian le disait lors de ses vœux de début d’année au CDSE : l’internationalisation des échanges ne se fera au bénéfice des entreprises françaises que si les Directeurs de la sécurité y prennent toute leur part pour les préserver des risques d’ailleurs. Et, ça tombe bien car l’anticipation, la gestion et la neutralisation du risque sont au cœur des leurs missions.

Je ne dirai pas que leur salaire est celui de la peur, mais plutôt que le risque est leur fonds de commerce. Et qu’il s’agit là d’un fonds de commerce en expansion, qu’il se nomme cyber, radicalisation, nucléaire, climatique ou pandémique. Qu’il soit géolocalisé, global, systémique, irréversible, imperceptible, imminent ou interconnecté, le risque est aujourd’hui partout et le Directeur de la sécurité doit en prendre sa part car, désormais, comme nous l’avons vu ces derniers mois, il dirige souvent la salle de crise.

Mais aussi, je devrais même dire surtout, l’entreprise est maintenant responsable de tout, devant tous ! C’est comme ça et ça n’est pas près de changer.
De cela aussi nous parlerons tout à l’heure avec, notamment, l’Ambassadeur en charge du Centre de crise des Affaires étrangères qui, mieux que quiconque sait qu’il est indispensable, dans la crise de pouvoir s’appuyer sur les Directeurs de la sécurité, car ils disposent aujourd’hui d’une vision mondiale d’une planète qui fonctionne un peu comme une machine de Tingly. Vous savez, ces machines incroyables faites de tuyaux, de fils, de tiges et de ressorts dont il est difficile d’anticiper les réactions quand les manie. Allez sur le net !

Maîtriser le risque, penser l’impensable, anticiper l’imprévisible, avoir l’interrogation comme unité d’action, c’est donc un peu comme prévoir les mouvements d’une machine de Tingly. C’est aussi ça le métier des Directeurs de la sécurité des entreprises !

Enfin, le CDSE d’il y a 25 ans a connu la machine à écrire, le fax et la 4L dont l’habitacle pouvait accueillir un gendarme avec son képi. Aujourd’hui, il est devenu un fervent défenseur de la souveraineté numérique et croit encore à l’existence prochaine, par exemple d’un cloud de confiance. Au CDSE, nous faisons donc le vœu que dans les deux années qui viennent, les entreprises de France qui utilisent encore très majoritairement les GAFAM (+ de 70% d’entre elles !), résilieront leur contrat pour rejoindre des solutions nationales dépoussiérées de leurs alliances avec Google et autres Microsoft.

Si ce n’est pas le cas, sans aucun état d’âme mais avec une infinie tristesse, je reviendrai dans deux ans devant vous pour faire le triste constat que nous aurons gaspillé le milliard d’argent public prévu sur ce sujet dans le Plan de relance, et qu’il faudra alors cesser de se poignarder avec une saucisse en prétendant à une quelconque souveraineté numérique, car elle se sera finalement rétrécie au lavage de la pandémie et des incantations.

Pour conclure.

Vous l’aurez compris, en plus de 25 ans, les Directeurs de la sécurité et vous leurs partenaires, vous êtes aussi devenus les garants de nos libertés. Celles d’entreprendre, de travailler et de consommer. Discrètement, à leur poste, ils protègent, avec vous, leurs entreprises qui sont des petits bouts de France.
Cette France que l’on aime en y venant comme Apollinaire ou Modigliani, ou que l’on quitte pour mieux y revenir comme Rimbaud ou De Gaulle.

Avec vous, ils ont la défense de la France et de ses intérêts viscéralement attachés au corps et au cœur, à l’instar du Brigadier Xavier Jugelé, du Colonel Arnaud Beltrame, du professeur Samuel Paty auxquels je rends hommage chaque année, pour que la République soit chez elle en France.

Et la République est chez elle en France grâce à ses maîtres d’école, bien sûr. A ses policiers et gendarmes, certainement. A ses soldats, évidemment. A ses élus, indiscutablement. Mais aussi, encore une fois modestement, discrètement et efficacement, à vos côtés, aux directeurs de sécurité de ses entreprises qui méritent que vous les applaudissiez. Que vous vous applaudissiez.
Je vous remercie.
"

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