Club des Directeurs de Sécurité & de Sûreté Des Entreprises

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Discours de départ de Charles Yvinec directeur de la sûreté

Publié le 23 mai 2014

Mesdames et Messieurs,

Je serai bref dans mon propos et me limiterai à quelques réflexions sur le rôle d’un directeur de sécurité-sûreté dans une grande entreprise telle qu’Air France.

Dans la mesure où le transport aérien reste une cible majeure pour les candidats à l’action terroriste, le rôle du Directeur sûreté consiste non seulement à mettre en œuvre les mesures réglementaires, et Dieu sait si elles ont nombreuses, mais à renforcer celles-ci lorsqu’elles apparaissent insuffisantes ou inadaptées.

Dans la mesure où toute mesure nouvelle peut être source de contraintes opérationnelles et de coûts importants, le Directeur de la Sûreté doit disposer de l’autorité nécessaire pour pouvoir les proposer et le cas échéant les imposer.

Cette autorité résulte de deux facteurs principaux, le premier est lié à son positionnement dans l’entreprise et à la délégation de pouvoirs qui lui est accordée. Le second découle de sa crédibilité.

En ce qui concerne tant le positionnement que l’autorité déléguée, Air France, comme environ 30% des grandes entreprises françaises, je parle sous le contrôle d’Olivier Hassid Directeur Général du Club des directeurs de sécurité des Entreprises, a fait le choix de rattacher le directeur de la Sûreté auprès de son Président et de lui confier une délégation de pouvoirs et de responsabilité entière dans le domaine de la sûreté.

La crédibilité est quant à elle le fruit de la capacité du responsable de la sûreté et de son équipe à adapter de la façon la plus précise possible le dispositif mis en œuvre à la réalité du risque.

Savoir supprimer des mesures parapluies inutiles, renforcer à l’inverse des escales fragiles, c’est je pense par cette gestion fine de la problématique sûreté que le Directeur de la sûreté peut acquérir une quelconque crédibilité.

Au cours de ces dix années passées à Air France, je n’ai dû faire appel à l’arbitrage du Président de la Compagnie qu’à une seule reprise, ce qui démontre non pas que les décisions de ma Direction ont été toujours les meilleures, mais pour le moins qu’elles n’ont pas été contestées.

Et pourtant ce travail continu d’analyse de l’évolution de la situation sur l’ensemble des escales qui est réalisé, n’est bien évidemment pas une science exacte, et je ne pense pas en disant cela que je serai contredit par les éminents représentants des services de renseignement ici présent.

Je cite souvent cette maxime de Teun Platenkamp, ancien Directeur de la Sûreté de KLM, la Sécurité des vols est une technique, la sûreté un art. Bien évidemment nous ne travaillons pas au doigt mouillé, mais il est parfois difficile de prévoir certains évènements.

Il en est un en particulier que nous n’avons pas su prévoir il s’agit de l’attaque terroriste commise à Bombay en novembre 2008.

Et pourtant ce n’est pas faute d’avoir étudié la situation et tenté d’en tirer des conclusions.

Persuadés avec mon collègue de KLM, Ben Swagerman qui n’a pu être présent ce soir, que l’évolution de l’Inde était préoccupante, nous avions effectué une mission d’évaluation de la situation à Bombay et à Delhi en juin 2008.

En septembre 2008, j’avais réuni mes collaborateurs pour mettre sur la table toutes les données relatives aux différents groupes terroristes et aux attentats commis.

Nous étions arrivés à la conclusion que ces actions visaient les lieux fréquentés par foules indiennes, gares marchés publics, et avions décidé de maintenir nos équipages dans un hôtel situé dans un lieu agréable et préservé qui ne les inciteraient notamment pas à prendre des transports en communs.

Nous n’avions pas prévu, pas plus que les services de renseignement et nos homologues responsables de sûreté des autres compagnies, que des terroristes s’attaqueraient pour la première fois en Inde, à des hôtels fréquentés par des occidentaux.

Nous avons eu ce jour la beaucoup de chance car nous n’avons eu fort heureusement à déplorer aucune victime lors de l’action menée contre l’hôtel ou étaient hébergés nos équipages.

J’ai souhaité relater cet évènement car il démontre à l’évidence les limites de notre action.

Le Directeur de la Sûreté ne doit toutefois pas tomber dans l’écueil que constitue le principe de précaution.

Sommé d’appliquer ce principe par un responsable syndical du monde navigant, lors de la crise tunisienne, j’avais du lui répondre que l’application absolue du principe de précaution me conduirait, si c’était le choix de l’entreprise, à proposer au président de la Compagnie de fermer une quarantaine d’escale située en Afrique et au moyen orient. L’intéressé n’avait pas insisté.

Dans un monde très mouvant, frappé par de multiples crises, la question de la sûreté des personnels et des établissements des entreprises internationales est devenue un sujet majeur.

L’aide apportée par les services de l’Etat en la matière tant sur le plan du renseignement que sur le plan opérationnel est essentielle.

Je voudrais remercier l’ensemble des représentants des services de l’Etat présents ce soir pour leur contribution et le soutien apporté à Air France, car l’exploitation de nos lignes sur les aéroports sahéliens, n’aurait pu être poursuivie sans les informations, les analyses que vous nous avez communiquées.

Je souhaite remercier également Les Directeurs et Directeurs généraux d’Air France pour avoir toujours considéré que la préservation de la sûreté de la Compagnie était une priorité.

La mission de directeur de la sûreté ne peut être correctement menée que dans un climat de confiance et je tiens à manifester un profond remerciement à mes patrons successifs, les Présidents, Spinetta, Gourgeon de juniac et Gagey,pour avoir bien voulu me l’accorder et me laisser même une grande autonomie dans la gestion des différentes crises.

J’associerai à ce remerciement Alain Bassil pour sa compréhension, son regard bien veillant sur notre activité et à Catherine Jude responsable du centre de Contrôle des opérations et aux membres de son équipe pour l’exemplaire collaboration que nous avons entretenue.

Een grote dank aan onze collega’s voor onze opmerkelijke KLM colaboration, zonder instructie van onze hiërarchie, en ten behoeve van onze twee bedrijven.

Merci enfin bien évidement aux membres de la Direction de la Sûreté et aux délégués généraux sûreté pour leur engagement leur contribution à faire d’Air France l’une des compagnies les plus sûres.