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Emile Pérez, Directeur de la Coopération Internationale

"La DCI, un soutien pour les entreprises qui développent une activité à l’international"

Publié le 31 janvier 2011

Julien Marcel : La DCI (Direction de la Coopération Internationale) a été créée le 1er septembre 2010. Elle succède et remplace le SCTIP (Service de Coopération Technique Internationale de Police) qui lui a été mis en place en 1961 au moment de la décolonisation et dont les missions ont très largement évolué et muté dans les années 80 et 90.
La DCI n’est donc pas une création ex nihilo ?

Emile Pérez : Non, en effet. L’ancien SCTIP et l’ancienne Sous Direction de la Coopération Internationale de la Gendarmerie Nationale, ont été rassemblés pour créer la première Direction commune à la Police et à la Gendarmerie Nationale. Il s’agit là d’une avancée des plus importantes. Jusqu’alors, en termes de coopération de police à l’international, nous avions depuis 2002, un réseau unique de police et de gendarmerie à l’étranger, mais nous gardions en France deux services. Il a donc été décidé, l’an passé, de gagner en cohérence, en coordination et en efficacité en rassemblant ces deux services centraux. Ainsi est née la DCI.


Quelles sont les missions de cette nouvelle direction ?

Les missions dévolues anciennement au SCTIP et à la Sous Direction de la Coopération Internationale de la Gendarmerie Nationale ont été conservées. La vocation première de la DCI est d’animer et de coordonner toute la coopération technique, opérationnelle et institutionnelle de la Police et de la Gendarmerie nationales. Mais, au-delà, comme le précisent les textes, la DCI participe à titre principal à l’application de la stratégie internationale du ministre de l’Intérieur et met en œuvre la politique internationale de la France en matière de sécurité intérieure.

Il s’agit donc à la fois d’une action globale au sein du ministère de l’Intérieur, réalisée en partenariat très étroit avec celui des Affaires Etrangères et Européennes, mais aussi d’une action très immédiate à l’étranger en terme de coopération technique (avec par exemple l’animation d’actions de formation, l’échange de bonnes pratiques, l’organisation de visites d’experts…) et de coopération opérationnelle. En effet, l’objectif est d’avoir un retour permanent en termes de sécurité intérieure pour mieux protéger à la fois les intérêts français et ceux de nos ressortissants. Concrètement, nous traitons de sujets tels que la lutte contre le terrorisme, la lutte contre la criminalité organisée, la lutte contre le trafic de stupéfiants… Ce travail, nous l’effectuons avec les institutions policières des pays dans lesquels nous sommes représentés.

En termes de coopération institutionnelle, notre mission est d’envoyer des policiers et des gendarmes à l’étranger sous la bannière de l’ONU (Organisation des Nations Unies) ou de l’Union européenne afin qu’ils prennent place dans des opérations qui ont souvent pour finalité le maintien de la paix.

En outre, nous avons développé toute une série de nouveaux pans d’actions. C’est le cas par exemple des partenariats avec les entreprises nationales.


Comment est organisée la DCI ?

L’organisation de notre entité est assez simple. Notre structuration est calquée sur les missions qui nous sont dévolues.

Au sommet de notre organigramme, vous trouverez l’équipe de direction, organisée de manière traditionnelle. Au sein de celle-ci, a été mis en place un centre de veille opérationnelle. Il est ouvert 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Des policiers et des gendarmes appartenant à ce centre répondent en continu à toutes les demandes : qu’ils s’agissent de demandes de services de sécurité français qui auraient besoin d’une réponse de service étranger ou, de demande de services étrangers qui aurait besoin de solliciter les services français. Ce centre peut également répondre aux sollicitations d’entreprises nationales qui connaitraient des difficultés à l’étranger ou qui auraient besoin d’un éclairage sur tel ou tel pays.

Dans la continuité de notre organigramme vous trouverez trois sous-directions :

  • la première est dédiée à la coopération de sécurité (elle est en charge de la coopération technique et opérationnelle, elle est organisée par zone géographique. A celle-ci est adjointe une division en charge de l’analyse) ;
  • la deuxième traite de la coopération multilatérale et partenariale (en son sein, on retrouve des divisions développant la coopération avec diverses organisations supranationales, mais aussi les partenariats dans lesquels on retrouve les correspondants naturels des entreprises qui souhaiteraient travailler de concert avec nous ; on retrouve également à cet échelon une division s’occupant de la gestion civile des crises) ;
  • la troisième gère administrativement et financièrement notre entité.

Nos services déconcentrés sont les Services de Sécurité Intérieure (SSI), qui sont présents dans plus de 90 pays. Ils sont implantés dans les ambassades de France à l’étranger et ont à leur tête des Attachés de Sécurité Intérieure (ASI).

Qui sont plus précisément les ASI ? Vous venez d’ouvrir un bureau à Bagdad, peut-être pouvez-vous nous les présenter à travers cet exemple ?

En effet le dernier SSI que nous avons ouvert est en Iraq. Rattaché à l’ambassade de France à Bagdad, ce service est composé d’un ASI qui est un commissaire divisionnaire de la Police Nationale et d’un commandant de la Gendarmerie Nationale qui s’occupe plus spécifiquement de la collaboration avec la police fédérale Iraquienne.

Ce travail nous l’effectuons depuis environ 50 dans plus de 90 pays. Nous avons commencé par nous implanter en Afrique, puis en fonction des demandes des pays partenaires et des besoins des services français, nous nous sommes implantés de plus en plus largement sur l’ensemble de la planète. Aujourd’hui l’ASI est le représentant de la DCI et plus globalement du Ministère de l’Intérieur auprès de l’Ambassadeur auprès duquel il effectue des missions de conseil. Son rôle est d’établir toutes les relations avec les services du pays qui sont en charge de l’action de sécurité intérieure. Ces ASI développent tout un réseau de connaissances et toute une série d’activités de coopérations techniques et opérationnelles qui permettent d’obtenir ce que nous appelons dans notre jargon « un retour de sécurité intérieure ». Dans le domaine de la sécurité, il s’agit concrètement d’une véritable prise en compte de la protection des intérêts français et de la protection des intérêts des ressortissants.

L’équipe de l’ASI effectue un travail conséquent d’accompagnement de l’action des Consulats de France : nous assurons souvent la liaison entre ces derniers et les services de police du pays où nous sommes implantés. En outre, on trouve sous l’autorité de l’ASI, des officiers de liaison qui vont être dédiés à des matières qui connaissent une prégnance encore plus importante dans le pays dans lequel ils sont. En fonction du pays ils peuvent être en charge, de façon parfois cumulative, des questions de terrorisme, d’immigration irrégulière, de stupéfiants, de contrefaçon… Notre plus gros service à ce jour est celui qui est implanté en Espagne. Il est composé d’une douzaine de Policiers et de Gendarmes (cela s’explique par la proximité géographique de la France et de l’Espagne, mais aussi car nous partageons avec le pays la problématique du terrorisme basque, ainsi que les celles du trafic de stupéfiants, d’immigration irrégulière ou plus largement de criminalité organisée).


On a pu lire dans la presse, notamment suite à la coupe du monde en Afrique du Sud, que la DCI était un super VRP des techniques de sécurité française*. Que pensez-vous de cette « analyse » ?

J’ai beaucoup de respect pour les VRP, mais je ne souhaite pas que la DCI soit affublé de ce terme. Nous ne sommes tout simplement pas des VRP, car nous ne vendons rien. Nous sommes à notre niveau, dans notre domaine, des représentants des intérêts français dans le domaine de la sécurité intérieure. Il va de soi que nous sommes appelés par nos contacts avec les services de police étrangers à leur montrer comment, de notre côté, nous nous sommes dotés de ce qui nous semble être les meilleurs produits. Quand par exemple, nous sommes en Afrique du Sud en train de former les unités de maintien de l’ordre sud-africaines dans la perspective de l’organisation de la coupe du monde, il est normal que nous les renseignions sur les produits que nous utilisons. Et, ces produits ayant fait leurs preuves sur le terrain, il est évident que nous les préconisions à nos homologues. C’est en cela que nous avons effectué une action de promotion des techniques et des technologies françaises. Mais, nous ne touchons ni commission, ni rétro commission en la matière, et nous n’en voulons pas ! Ce qui nous intéresse avant tout c’est que nos homologues puissent se mettre à niveau en matière de technique et de technologie avec des outils de qualité.

Nous souhaitons d’ailleurs développer cette action d’accompagnement et de promotion des entreprises nationales. Nous souhaitons le faire en toute transparence et en toute cohérence. Toutes les entreprises nationales doivent savoir qu’elles peuvent faire appel à nous. Mais, elles doivent savoir ce que nous pouvons faire et aussi ce que nous ne pouvons pas faire. Nous nous refusons, par exemple, à mettre le doigt dans l’univers concurrentiel qui peut exister entre certaines entreprises nationales. En fait, nous nous attachons à apporter le même service à chaque entreprise. Sur la base de ces règles, nous arrivons, il me semble, au quotidien à avoir une relation des plus saines avec les entreprises nationales.

Au-delà de la promotion du savoir-faire de nos entreprises, quand une entreprise nationale développe une activité à l’international dans des pays à risques, il est important que l’ASI soit dans la boucle. Il est important par exemple que l’ASI suive la présence de ressortissants français qui vont collaborer avec l’entreprise dans des secteurs qui peuvent être particulièrement délicats. Il est donc intéressant, qu’en amont, nous ayons créé un lien entre l’entreprise, la DCI et les ASI. Il est important que nous puissions le plus précocement possible identifier tout ce qui pourrait affecter les intérêts français ou les intérêts des ressortissants français. C’est pourquoi les partenariats entreprises nationales et DCI sont pour nous essentiels. C’est une forme de prévention dans le domaine opérationnel qui pour nous est fondamentale. Cela doit se faire en concertation avec l’ensemble des services économiques qui peuvent accompagner les entreprises, auxquels nous ne nous substituons pas.

Dans le cadre de nos partenariats nous partageons de l’information avec les entreprises sur la situation sécuritaire des pays où nous sommes implantés. Nous devons aussi être en capacité d’attirer l’attention des entreprises sur les conséquences que peut entraîner leur implantation.


Les entreprises dans le cadre de ce partenariat sont aussi pour vous une source de remontée d’information ?

Bien sûr. Comme il s’agit d’un partenariat, il n’y a pas de sens unique. La confrontation de nos regards sur une situation va permettre d’enrichir nos analyses et va permette à la DCI d’orienter certaines études afin de déceler le plus précocement possible ce qui pourrait constituer une menace ou une évolution positive… « L’opération coopération avec les entreprises nationales » est pour nous essentielle, car à terme ce sont les entreprises qui vont en tirer bénéfices, c’est la DCI qui va y enrichir ses capacités d’analyse et c’est au total a France qui va encore mieux protéger et faire valoir ses intérêts sur l’ensemble de la planète.

L’année 2011 vient de commencer, quels sont pour la DCI les chantiers à venir ?

L’objectif pour la DCI est cette année de rendre totalement opérationnelle cette nouvelle direction. La DCI n’a que 4 mois d’existence et est confrontée au formidable défi de marier des cultures très différentes. Jusqu’à présent cette direction le fait de la manière la plus harmonieuse possible. Nous devons à présent gagner en synergie et développer l’opérationnalité de nos activités.

Pour nous 2011, c’est aussi et toujours la considération de la situation sécuritaire en France et dans le monde. 2011, c’est donc aussi pour nous la participation à la gestion du G8 et du G20 qui ont lieu en France sous présidence française. Mais c’est encore continuer à participer à la lutte contre les grands fléaux qui affectent nos sociétés : c’est-à-dire le terrorisme, la criminalité organisée transnationale ou encore la lutte contre les réseaux d’immigration illégale.


*« Police, la France vend son savoir-faire à l’étranger » par Christophe Cornevin, article du 27/12/2010, le Figaro.