Club des Directeurs de Sécurité & de Sûreté Des Entreprises

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Entretien avec M. Arnaud Conrad

Directeur sûreté d’Altadis Distribution France

Publié le 25 juin 2012

Arnaud Conrad, 48 ans, est un ancien militaire de la Légion étrangère. Il fut de 2003 à 2008, responsable de la sécurité et de la sûreté de deux hypermarchés du groupe Auchan. Puis de 2008 à 2009 il fut responsable sûreté Ile-de-France du groupe Ciblex. C’est en août 2009 qu’il devient directeur sûreté d’Altadis Distribution France (ADF groupe).

ADF Groupe (Altadis Distribution France) est le leader français de la distribution de tabac de proximité. Issu de la division distribution de la SEITA et aujourd’hui filiale d’Imperial Tobacco, il forme, avec le groupe Logista basé en Espagne, un espace européen unique spécialisé dans la distribution de proximité, le transport et la logistique. Il dessert en France près de 70 000 points de vente.

Quelles sont les principales menaces auxquelles est exposé le groupe Altadis ?

Les principales menaces qui pèsent sur nous sont liées à notre activité de transport de tabac. Ainsi, nous devons faire face à des attaques de pirates de la route. Ces attaques sont l’œuvre de bandes organisées appartenant au grand banditisme. Très organisées, ces bandes sont également très bien équipées et agissent sur commande. Ces bandes représentent 20 % des attaques de transport, mais le montant de leur butin est très élevé. Un carton de cigarette correspond à une valeur marchande d’environ 1500 €, la prise de ces malfaiteurs se compte en centaine de cartons... Le préjudice de ces attaques représente presque 90 % du préjudice total que nous subissons chaque année.

Ces actes de malveillance sont également commis par des voleurs d’opportunité et des petits délinquants locaux qui attaquent généralement au moment de la livraison chez le débitant. Cette délinquance ancrée sur un territoire, qui n’agit que sur un secteur donné représente 80 % des attaques de transport. Ces malfaiteurs en raison de leur relatif amateurisme et de leur manque d’organisation emportent généralement avec eux un butin plutôt maigre.

Nous devons aussi faire face à quelques cambriolages. Il arrive que des malfaiteurs tentent d’entrer par effraction dans l’un de nos entrepôts appelés centres de réapprovisionnement. Ces effractions sont commises par des équipes que nous appelons « effrac ». Il s’agit d’équipe de cambrioleurs chevronnés extrêmement bien équipés et organisés.

Plus rarement, nos centres de réapprovisionnement peuvent être victimes de hold-up. Ces véritables supermarchés du tabac permettent aux buralistes d’acheter la marchandise qui leur manquerait à tout moment de l’année. Ce sont des centres qui se doivent d’être le plus discrets possible et sont ainsi tous banalisés.

Nrdl : Les vols à main armée dans le secteur du commerce en 2011 :
Tabac et PMU : 463 attaques (soient 16 % des attaques)/ Bijouterie : 365 attaques ( soient 14 % des attaques) / Café Restaurant : 289 attaques (soient 11 % des attaques).

Le groupe est-il également victime de vol en interne ?

Le vol interne est dans le groupe quasi inexistant. La démarque inconnue reste de l’ordre de l’anecdotique. Pour nous les menaces ne viennent clairement pas de l’intérieur de l’entreprise, mais de l’extérieur.

Avez-vous noté au sein du groupe Altadis une recrudescence des cambriolages et de ces attaques ou au contraire sont-elles en net recul ?

Jusqu’en 2009 nous étions victimes d’une trentaine de vols par an. Depuis, nous avons réussi à réduire le nombre de ces attaques par deux. Le préjudice annuel a été quant à lui divisé par quatre si on compare 2011 par rapport à 2008 ou encore par deux si on compare 2011 par rapport à 2010. Nous avons pu également, grâce aux travaux que nous avons menés conjointement avec les services de police et de gendarmerie, démantelé trois gros réseaux de malfaiteurs qui s’étaient, notamment, spécialisés dans l’attaque de nos camions et la revente de nos produits. Suite à ces arrestations, les régions de Paris et du Mans, pourtant considérées pour nous comme des zones sensibles, ont vu le nombre de leurs attaques chuter de manière conséquente.
Ce qui nous inquiète par contre, c’est la montée de la violence dans les attaques que nous subissons et notamment lorsqu’elles sont l’œuvre d’équipées de malfaiteurs amateurs.

Comment avez-vous obtenu de tels résultats ? Avez-vous équipé vos camions de systèmes de sécurisation particulièrement dissuasifs ?

Je ne suis pas pour une hyper-sécurisation de nos camions. Nous craignons, par exemple, qu’en faisant le choix de blinder nos camions les pirates de la route s’adaptent en utilisant des armes à feu qui feraient des dégâts importants et qui pourraient mettre la vie de nos chauffeurs en danger. Par contre, nous avons fait le choix de nous équiper de systèmes pointus dissuasifs. Nous avons par exemple fait le choix d’équiper certains de nos chargements et certains de nos hangars de la technologie SmartWater. Cette technologie est basée sur l’utilisation d’un liquide qui est à la fois incolore et inodore. On retrouve également dans la composition de ce produit des terres rares. Ainsi chaque fiole de SmartWater est composée d’un code unique qui permet le marquage de marchandise, mais également d’individus...

En effet cette technologie associée à un système anti-intrusion par vaporisation agit comme un appareil antivol particulièrement dissuasif. Si l’auteur d’un délit est arrêté avec des traces de SmartWater, le code unique fournira aux forces de l’ordre une preuve irréfutable reliant l’auteur du délit avec le lieu du délit. Notons que cette solution liquide reste présente sur la peau pendant 6 mois et sur des vêtements ou sur un emballage de cargaison pendant des années.

La mise en place d’outil de sécurisation est nécessaire pour assurer la protection de nos marchandises et de nos salariés. Cependant, pour obtenir des résultats significatifs, cette politique de sécurité doit absolument être axée autour d’une coproduction avec nos partenaires étatiques. Nous avons mis en place des liens très fort avec les services des douanes, de la gendarmerie et de la police. Cette relation de proximité que nous avons installée avec les forces de l’ordre nous a permis de mettre en place des outils de veille efficaces. Grâce à ces échanges, nous sommes en mesure d’avoir une meilleure réactivité le jour d’une attaque.