Club des Directeurs de Sécurité & de Sûreté Des Entreprises

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Gérard PARDINI & Xavier GRAFF

Publié le 10 septembre 2010

Gérard Pardini (INHESJ) et Xavier Graff ( Accor) nous présente le groupe de travail partenarial public-privé sur la gestion de crise ...

Gérard Pardini est sous-préfet ; Il est depuis le 1er janvier 2010 Chef du Département Risques et Crises de l’INHESJ. Il était précédemment en charge de l’activité « Sécurité économique »

Xavier Graff est le Directeur de la Gestion des Risques du Groupe ACCOR. A ce titre il est en charge dudéveloppement, du déploiement et de l’animation du dispositif de gestion de crise du Sièges et des unités du Groupe. Il est également Président de la commission Gestion de Crise du Club des Directeurs Sécurité des Entreprises (CDSE). Il était précédemment Directeur Sécurité, Hygiène et Santé du Club Méditerranée où il a développé et pilotait le dispositif de gestion de crise du Groupe.

Pourquoi avoir mis en place un groupe de travail sur la coopération public / privé en matière de gestion crise ? Quand a-t-elle été créée ?

Gérard Pardini : La multiplication des crises, leur intensité et les contraintes économiques nouvelles qui touchent l’ensemble des pays depuis la fin de l’année 2008 imposent à l’ensemble des acteurs privés et publics de reconsidérer leur mode de fonctionnement, mais également de mieux apprécier les interactions qui les régissent. Plus que jamais la notion de partenariat entre les deux sphères est d’actualité. Si la prise de conscience s’était déjà effectuée dès le début des années 1990, elle ne s’était alors traduite que par des convergences ponctuelles entre les deux secteurs. En 2008, le Groupe de travail partenarial public-privé sur la gestion de crise (GT-3PGC) s’est constitué sous l’égide d’Alain Juillet, alors Haut responsable pour l’intelligence économique. Son ambition était de mettre en commun les expériences et les savoir-faire de ces partenaires pour aboutir à des réponses opérationnelles efficaces, et ensuite élaborer un document de synthèse partageant éléments de langage et bonnes pratiques. Les travaux conduits dans ce cadre ont confirmé l’intérêt de la démarche qui a permis de créer un lieu d’échanges et de partage utile et apprécié notamment sur les bonnes pratiques. La réorganisation du dispositif national de formation et de recherche stratégique a conduit à ce que l’INHESJ, qui venait de voir son statut modifié, en devenant un Établissement public national placé sous la tutelle du Premier ministre, reprenne l’initiative de la poursuite des travaux.

Xavier Graff : Le groupe de travail associe aujourd’hui l’INHESJ, le ministère de l’Intérieur, le ministère de la Défense, le ministère des Affaires étrangères, le MEEDDM, le Ministère du Travail, de la Solidarité et de la Fonction Publique, le Ministère de l’Agriculture, de l’Alimentation et de la Pêche, le ministère du Budget et des Comptes publics (Direction des douanes) et le CDSE. Il est à noter que l’ACFCI a souhaité s’associer aux travaux et nous nous en félicitons.

Comment ce groupe de travail est-il organisé ? Quels sont ses objectifs ? Quelles réflexions y sont menées ?

Gérard Pardini  : Le groupe a approuvé un mandat en février 2010 qui fixe comme objectif central d’inscrire l’action partenariale public-privé dans les procédures de gestion de crise des différents acteurs. Les pistes d’amélioration proposées doivent permettre la multiplication des rencontres et des savoir-faire de tous les gestionnaires de crise de notre pays pour le plus grand bénéfice de tous.

Xavier Graff : Le groupe se réunit environ une fois par trimestre et échange des documents sur un mode collaboratif pour permettre une rédaction rapide et pertinente des propositions. Le Département Risques et crises de l’INHESJ assure la coordination des travaux. Une veille sur les questions de gouvernance de crise au sein des principaux pays industrialisés a été mise en place pour disposer du maximum d’information sur les grandes tendances qui se font jour, notamment en matière d’intégration du processus de crise dans des dispositifs englobant l’ensemble des composantes d’une structure, qu’elle soit publique ou privée.

Gérard Pardini : D’ici la fin du troisième trimestre 2010 un document de synthèse abordant le thème selon une vision croisée « public privé » présentera des éléments de langage communs, une vision partagée de ce que représente l’intégration des contraintes d’une crise dans une organisation, un référentiel de formation et un état des lieux des principales formations « diplômantes ».
Ce référentiel sera conçu à partir des besoins des entreprises et des pouvoirs publics dans le domaine de la formation de leurs personnels affectés dans les fonctions ou dans les services de « Risk manager ou gestionnaire de crise ».

Xavier Graff : En outre, sous l’égide du CDSE, une présentation des offres spécialisées en communication et gestion de crise disponible sur le marché sera organisée sous la forme d’auditions basées sur le principe du volontariat. Cette démarche contribuera à mieux faire connaître aux entreprises les ressources disponibles sur un marché ou l’offre a tendance à devenir pléthorique. Parallèlement le CDSE conduit une enquête sur le niveau de préparation des groupes français en matière de gestion de crise.

Pourquoi est-elle nécessaire en matière de gestion de crise ? Quelles sont les plus-values d’une telle coopération pour l’État ? Pour les entreprises ?

Gérard Pardini : Depuis plus de dix ans la succession de grandes catastrophes, d’alertes sanitaires, de bouleversements géopolitiques et la réalisation d’opérations terroristes majeures sur la quasi-totalité des continents ont démontré, si besoin était, que la confrontation à de telles situations extrêmes est inévitable, seules demeurent des incertitudes quant à leur survenance et à leur gravité.
Ces crises, d’origines naturelles ou malveillantes, nécessitent tant pour le secteur public que pour le secteur privé la réalisation d’actions et de politiques visant à limiter les dommages aux personnes, aux biens et à l’environnement, poursuivre la continuité des activités essentielles à la vie des citoyens, et enfin préserver le capital de confiance de ces mêmes citoyens envers les institutions et le système productif de richesses. Ne pas arriver à répondre à de tels défis ou y répondre de façon inadaptée accroit la dangerosité des crises et entraine une dérive remettant en cause nos modèles économiques et institutionnels. C’est bien à ce niveau que se situe l’enjeu majeur d’une coopération et d’une coordination entre pouvoirs publics et acteurs économiques. Urgences et crises, par leur complexité et l’intrication des intervenants, nécessitent de jeter des ponts de plus en plus solides entre les différents secteurs d’activité et d’intérêt qui constituent l’ossature d’un pays, bien que les impératifs de ces derniers soient différents. Le seul exemple des opérateurs de réseaux vitaux montre bien cette nécessaire coopération.

Xavier Graff : il ne faut pas non plus oublier que dans une économie où la richesse se fonde de plus en plus sur l’échange, il est illusoire d’imaginer que l’on pourrait traiter séparément les questions de sécurité concernant les pouvoirs publics et les entreprises, chacun assurant pour son propre compte sa sécurité. L’imbrication des enjeux économiques est telle que pour faire face aux risques et menaces les acteurs publics et privés ont l’obligation de travailler ensemble. Il est intéressant d’ailleurs de voir les liens entre sécurité économique et prévention des crises - terme que nous préférons employer à gestion -
La nécessité de définir des enjeux stratégiques et de pouvoirs dans les sphères publiques et privées concerne au premier chef les questions de gouvernance qui incluent le traitement des crises. Il faut donc mettre en œuvre des convergences de plus en plus efficaces entre les forces vives du pays et l’État.

Gérard Pardini : L’État dispose de capacités d’animation et de coordination entre les différentes administrations agissant au niveau des territoires lui permettant de répondre à certains besoins des entreprises (cadre réglementaire adapté, aide à l’export, à l’innovation, mais aussi réponse à la crise par la fourniture de moyens spécifiques…).
Ces besoins ont pour contrepoint l’exercice de la solidarité, ce qui a trop longtemps été oublié. Plus nos besoins collectifs de solidarité sont importants, plus les pouvoirs publics doivent veiller à ce que les forces productives se meuvent dans un environnement sécurisé permettant leur épanouissement ou, quand une crise survient, en limiter l’impact. Ce cadre peut donc s’assimiler à une sorte de nouveau contrat social participant à la fondation de la légitimité de l’État. Vous comprendrez donc tout l’intérêt de mettre en œuvre des convergences, des éléments de langage à faire partager et des espaces de confiance.

Existe –t-il une carence en matière de gestion de crise dans le secteur privé ? Va-t-on dans le sens d’une mutualisation des moyens de gestion de crise ?



Gérard Pardini : Je suis très circonspect pour utiliser le terme « carence ». Chaque organisation qu’elle soit publique ou privée a des contraintes identifiées. On peut toujours dans le domaine des risques et des crises faire mieux. Il est bien évident que pour limiter la survenance des crises, il faut agir sur les risques. La panoplie des mesures possibles est limitée à quatre grandes catégories : éviter, réduire, accepter (avec en contrepartie la notion de perte ou de cout acceptable), transférer (c’est principalement l’assurance, mais cela peut être aussi des formules partenariales intéressant tout aussi bien les différents échelons publics, nationaux ou territoriaux, que le secteur privé). Je dirais plutôt, et le constat vaut pour tous, qu’il faut améliorer le système pour mieux prendre en compte les contraintes. Un dispositif intégré et incluant la dimension partenariale permet de répartir des ressources budgétaires qui sont de plus en limitées. La marge de manœuvre résidera de plus en plus sur la réduction des coûts associés à un traitement inadapté d’une situation de crise et encore plus des risques en amont. Quatre pistes principales sont à privilégier : aboutir à une hiérarchisation des risques pour éviter d’allouer des ressources insuffisantes aux situations les plus complexes ; combattre des réactions excessives pour éviter un gaspillage de ressources. Il faut savoir distinguer ce qui peut être mieux traité par des individus que par la collectivité. Le troisième point est lié au deuxième point, car il concerne la mise en place d’une approche commune par les différents niveaux d’administration des problèmes liés à des risques équivalents. C’est à ce niveau que le partage d’éléments de langage, la mutualisation de moyens peut se révéler efficace. Enfin, il faut apprécier le plus finement possible le véritable impact des réglementations pour ne conserver que les plus efficaces et faire évoluer quand cela apparaît nécessaire des dispositifs dont les objectifs se sont éloignés de la réalité.

Pour revenir sur la mutualisation, cette tendance parait incontournable pour les raisons d’optimisation que nous venons d’évoquer et de mobilisation budgétaire. Il faut aussi prendre l’habitude de penser par exemple un site à risque comme étant également un centre de ressources en cas de crise.

Existe-t-il déjà des dispositifs qui, selon vous, vont dans le sens de cette coopération public/privé ?

Xavier Graff : Oui bien sûr, la loi de modernisation de la sécurité civile de 2007 qui a fait évoluer entre autres, les plans ORSEC (organisation des secours) en organisation de la réponse de sécurité civile. Ce changement a mis notamment l’accent sur la coopération et sur l’adaptabilité permanente. Parmi les dispositifs opérationnels, il faut citer la cellule de crise du Ministère des Affaires Etrangères qui a consacré une part essentielle de son nouveau dispositif à l’interface avec les entreprises et les ONG. Des services spécialisés comme le RAID et le GIGN travaillent également régulièrement avec des entreprises. On pourrait multiplier les exemples notamment avec les ministères qui disposent de structures permanentes dédiées à la crise, Défense, Santé, agriculture…

Quel est, selon vous, le rôle du CDSE et de l’INHESJ en la matière ?

Gérard Pardini : Concernant l’INHESJ son activité « Risques et crises » s’inscrit dans les objectifs du Livre Blanc sur la Défense et la Sécurité Nationale. L’Institut a d’ailleurs créé un département spécialisé qui assure ainsi quatre fonctions principales : la mise en œuvre de formations spécialisées en gestion de crise au profit des acteurs publics et privés, la réalisation d’une veille internationale, détection et analyse des nouveaux risques et conception d’outils méthodologiques pour les décideurs. C’est également une session nationale et une session spécialisée en sécurité économique qui mélangent décideurs publics et privés et cadres en charge de la sécurité. L’Institut assure ainsi sa mission de contribuer à la formation et à la préparation des partenaires et acteurs publics et privés de la sécurité, à l’adaptation de leurs capacités en matière de prévention de gestion ou d’atténuation des conséquences des risques pouvant affecter les personnes, les biens et l’environnement. Il favorise leur rapprochement, l’échange des cultures et le partage d’expériences en organisant notamment des ateliers pluridisciplinaires et des colloques. Il apporte son concours à l’élaboration de doctrines et méthodes d’action relatives à la gestion de crise. L’Institut a développé des coopérations et des partenariats avec les principaux départements ministériels et les acteurs publics et privés intéressés par la thématique des risques et des crises. Au premier rang de ces partenariats figure celui du CDSE qui constitue une interface unique avec le monde de l’entreprise dans les domaines qui nous intéressent.
Nous avons développé également un centre de formation depuis 2007 permettant de sensibiliser et de former les acteurs des secteurs publics et privés à la maîtrise des crises majeures. Cette ouverture au privé est indispensable pour faire bénéficier l’ensemble des chaines de commandement qui font appel à notre expérience des enseignements tirés de situations complexes ou public et privé sont étroitement mêlés pour résoudre une crise.

Xavier Graff : Le CDSE, quant à lui, donne une part belle à cette thématique dans ses publications ou dans les événements qu’il organise. Plus spécifiquement, nous nous félicitons des travaux menés par notre commission gestion crise qui répond aux attentes des entreprises membres du CDSE tant en matière d’échange de bonnes pratiques que dans la coordination des accès aux contacts avec les pouvoirs publics. En outre, La commission sûreté internationale (CINDEX/CDSE) à laquelle le Centre De Crise du MAEE est associé, constitue aujourd’hui un réseau d’alertes et d’échange d’informations efficace pour nos membres.