Club des Directeurs de Sécurité & de Sûreté Des Entreprises

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L’entretien : François ROUSSELY

Président du CDSE

Publié le 18 novembre 2008

M. ROUSSELY, vous êtes le Président du CDSE, au lendemain de son deuxième colloque annuel, quel bilan peut-on tirer des activités du club ? Quelles seront ses futures orientations ?

Le CDSE a évolué ces dernières années, de la même façon que les questions de sécurité ont évolué dans le monde. D’un club mutualisant l’information en réseau, nous avons développé une véritable capacité de réflexion et de lobbying reconnu. Ceci a été rendu possible par une structuration interne, qui doit beaucoup à l’arrivée d’Olivier HASSID comme délégué général, et à la structuration du bureau autour d’Hervé Pierre ; par le développement de moyens de communications, avec un site Internet, une lettre mensuelle, et, sous peu, une revue « Sécurité et Stratégie » faisant le lien entre principes théoriques et applications pratiques. Une structuration externe, également, et je salue ici les représentants de l’Etat présents. Nous avons commencé à développer une coopération efficace avec les ministères de l’Intérieur et des Affaires Etrangères, et nous nous sommes rapprochés du Cindex. L’étape suivante sera de trouver des partenaires européens publics et privés. Fixons nous comme objectif que le prochain colloque en 2009 ait cette dimension européenne, pour croiser encore d’avantage les expériences de ceux qui, en Europe, oeuvrent dans le même sens que nous.

La fonction sécurité est aujourd’hui présente dans la majorité des grandes entreprises, doit-elle cependant encore évoluer selon vous ?

Il y a cinq ou dix ans, la fonction sécurité se limitait à des fonctions très matérielles. Aujourd’hui, ces fonctions, bien que de dénominations variables –sécurité, sûreté, gestion des risques, …- sont très étendues. Nous devons veiller à ce qu’au-delà des fonctions matérielles de départ (gardiennage, etc.…) cette nouvelle définition ne soit pas obscurcie par des stéréotypes persistants (les officines, les réseaux, …) et donc travailler à la normalisation de cette fonction. Notre objectif est que la fonction de DS soit aussi explicite que l’est celle d’un directeur financier ou d’un DRH. Il faudra trouver un juste milieu entre le passé, où seuls d’anciens agents de l’état remplissaient cette fonction, et un futur aseptisé où les bonnes pratiques seraient perdues de vue. Enfin, il faudra l’ancrer au sommet de l’entreprise. Au minimum, elle devra être rattachée à un membre du comité exécutif. Et tout notre travail va dans ce sens là.

En quoi, aujourd’hui, la fonction sécurité est un atout pour la compétitivité des entreprises ?

Je voudrais souligner que c’est aujourd’hui, dans la crise, qu’on doit songer à fabriquer la compétitivité de demain. L’innovation, la R&D nous enseignent que c’est maintenant qu’il faut encourager les technologies nouvelles, le développement de marchés nouveaux. Chacune de ces actions nécessitera la sécurisation des processus et une analyse croisée des risques, et c’est le moment pour vous de convaincre toutes les parties prenantes de l’entreprise. « Sécurité » et « maîtrise des risques » sont les maîtres mots. Dans la période sans croissance forte qui nous attend, il faudra se « dé-risquer », c’est-à-dire fiabiliser ses procédures, se retirer des pays à risques, abandonner certains produits moins porteurs… N’oublions pas le regard humain que l’on doit porter sur ces questions de risque, faute de quoi on risquerait de perdre l’efficacité du contrôle. Depuis l’affaire Enron, le monde anglo-saxon, avec notamment la loi Sarbanes-Oxley, a bâti des réglementations formelles qui n’ont pas empêché les dérives. Je veux souligner ainsi que si la sécurité a des coûts, elle n’a pas de prix ! En effet, ce qui est en cause est la survie de l’entreprise ou de ses dirigeants. Nous entrons dans un monde nouveau, où rien ne sera comme avant. On est passé en France du « tout Etat » au « tout marché ». On voit bien aujourd’hui que l’intérêt général est oublié par la loi des marchés. On n’emploie plus aujourd’hui le terme de réglementations, politiquement incorrect, on dit maintenant régulations, ou, pire, autorégulations… On voit où cela nous a mené.