Club des Directeurs de Sécurité & de Sûreté Des Entreprises

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L’entretien : Rémi Pagnie

Directeur de la protection et de la sécurité du groupe Renault

Publié le 18 avril 2008

Renault semble s’internationaliser très rapidement ces dernières années. Quels sont les impacts en matière de sécurité et comment la direction sûreté est-elle organisée pour faire face à ce changement ?

Effectivement l’internationalisation de notre groupe est passée à la vitesse supérieure, grâce notamment à la concrétisation de grands projets en Inde, en Roumanie, en Russie et bientôt au Maroc. Il s’agit de créations de sites industriels importants mais aussi de centres techniques et tertiaires, ce qui a des implications en termes de protection des personnes, de l’information et des biens.

Comme c’est déjà le cas pour les autres pays où nous sommes présents, nous devons tout d’abord nous assurer de la mise en place des moyens de protection physique adéquats lors de la phase de construction des sites proprement dits. Tout d’abord, nous vérifions que nos règles de base sur le gardiennage des sites en construction sont respectées ; il convient cependant de noter que la responsabilité de l’application des strictes procédures reste à la charge de la maîtrise d’oeuvre, et donc de la société de construction, étant donné que nous ne voulons pas interférer dans la réalisation des travaux placée, le plus souvent, sous la contrainte du temps.

Ensuite nous rédigeons les expressions de besoins et cahiers d’exigences techniques qui serviront à l’élaboration du cahier des charges pour ce qui concerne les enceintes périphériques et les systèmes de sécurité tels que caméras de surveillance, contrôles d’accès, gestion des alarmes, définition des Postes de contrôle de sécurité, etc.

Egalement, il convient de protéger les expatriés appelés à être en poste dans ces pays ainsi que nos collaborateurs dans leurs déplacements ; cela revient à mesurer les risques potentiels qu’ils soient naturels ou bien liés à la criminalité ou au terrorisme par exemple et à assurer une veille attentive de l’évolution de la situation internationale, de communiquer les informations nécessaires et de prendre le cas échéant les mesures d’urgence qui pourraient s’imposer.

Dans ce dernier cas cela peut consister à rapatrier les agents ou leur famille.
Enfin nous nous assurons de concert avec la Direction des Systèmes d’Information que l’intégrité et la confidentialité de notre information sont bien assurées.

En central, nous sommes organisés, en pôles de compétences. Nous nous appuyons aussi sur un réseau de correspondants locaux ; nous fonctionnons comme les autres entreprises sur la base d’un réseau métier avec qui nous partageons les mêmes standards d’application.

Quelles sont les principales menaces que doivent gérer un constructeur automobile tel que Renault ?

Les menaces sont multiples. Nous veillons à l’intégrité physique même de nos collaborateurs ; il en va, comme vous le savez de la responsabilité de Renault.

Cependant, dans le contexte actuel de forte compétitivité allié au développement rapide des technologies de l’information, c’est sans doute la protection des données qui constitue le risque le plus élevé.

Au-delà de la malveillance, la grande émulation qui existe au sein des équipes qui travaillent au coeur de notre activité amène nos collaborateurs à parfois oublier les règles élémentaires de sauvegarde des données confidentielles. Par conséquent il est important de mettre en place des programmes de sensibilisation du personnel sur les risques en la matière, et sur les bonnes pratiques.

Quand le management de Renault réalise de nouveaux investissements à l’étranger (usines, rachat d’entreprises…), les questions de sécurité sont-elles abordées et peuvent-elles modifier les choix d’investissement ?

En raison de la mondialisation, la concurrence internationale ne cesse de se renforcer et toutes les entreprises sont en quête de nouveaux marchés. Renault, comme ses concurrents, s’implante dans de nouvelles régions du monde. Le risque zéro n’existe pas et les questions de sécurité font partie des éléments que la direction de Renault prend en compte lorsque le Groupe choisit de s’implanter dans des nouveaux territoires.

Par conséquent un de nos rôles consiste à informer la Direction de notre entreprise sur les risques qui existent dans les différentes régions où nous envisageons de nous implanter.

Vos développements en Europe de l’Est et au Moyen Orient ont-ils une incidence sur l’évolution de votre direction ?

La Direction de la Protection et de la Sécurité Groupe accompagne les décisions d’implantation de Renault. En d’autres termes, nous cherchons toujours à assurer un niveau de sécurité maximal, dans le monde entier, pour nos personnels, nos sites et nos informations confidentielles.

L’Europe de l’Est et le Moyen-Orient ne font pas exception.

Personne n’ignore le rapprochement entre Renault et Nissan, cela a-t-il une incidence sur le management de la sécurité du groupe ?

Dans le moyen terme, nous visons une intégration totale des équipes de sécurité de Renault et de Nissan. Pour l’heure, grâce à l’Alliance, il existe des synergies fortes en termes de sécurité, au sein des deux groupes. Nous développons des procédures communes, ce qui renforce encore notre efficacité. Nos progrès sont mesurés par des indicateurs de performances et nous cherchons sans cesse à nous améliorer, en nous fixant des objectifs ambitieux.

L’Alliance nous permet aussi de réduire le coût de la sécurité chez Renault et chez Nissan. Par exemple, nous bénéficions d’effets volumes plus importants lorsque nous achetons des matériels de sécurité, comme des badges et systèmes associés, ce qui nous donne un pouvoir de négociation plus important auprès des fournisseurs.