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Les Conséquences du soulévement Tunisien

Publié le 31 janvier 2011

Un fait divers tragique est en train de se transformer en événement géopolitique qui secoue une grande partie du Maghreb. Il a débouché sur la fuite du président Ben Ali, au pouvoir depuis 23 ans. Un jeune diplômé de 26 ans, Mohamed Bouazizi, dans l’incapacité de trouver un emploi après ses études universitaires, s’était résigné à vendre des légumes. Molesté par la police, il s’immolait par le feu, le 4 janvier, par désespoir. Il n’a pas survécu à ses blessures.

Geste individuel désespéré ? Non ! Expression d’un malaise collectif, estime la jeunesse tunisienne ! L’événement a créé une vague de protestations faisant voler en éclats l’image d’un pays où le régime contrôle sans soucis la situation politique et sociale. Après des manifestations dont la répression a fait plus de 50 morts pour la première fois dans le monde arabe un régime a été renversé par la pression populaire.

Depuis 1987, lorsque Ben Ali a renversé Bourguiba, âgé de 84 ans, , la Tunisie a connu un certain nombre de succès. Le pays fait figure de modèle d’un pays musulman laïc, dont la croissance économique lui permet de d’être un pays émergent. Un pacte social avait été conclu avec sa population : les libertés politiques y sont pour le moins limitées, en échange d’un accès à la consommation, pour la majorité des citoyens. Les pays occidentaux, au nom de la lutte contre l’islamisme ont fermé les yeux sur le manquement à la démocratie. Le problème est que le modèle s’essoufflait. Ben Ali, autrefois gage de modernité, apparaissait replié sur lui-même, ne supportant aucune contestation et faisant surtout profiter ses proches, sa famille, de la richesse du pays. La crise mondiale a rattrapé la Tunisie. 13 % des Tunisiens sont au chômage, selon les chiffres officiels qui très certainement sous-estiment la réalité. Pour les jeunes il faut doubler la proportion. Or, ils sont éduqués, branchés sur l’international. Sur un peu moins de 11 millions d’habitants, la Tunisie compte 4 millions de personnes qui ont accès à Internet. La censure était très forte dans la presse ne pouvait rien contre un mouvement de masse.

Ben Ali a été à la fois victime de son succès et responsable de son échec. Le niveau d’éducation de la population, qui lui permet d’être en contact avec l’extérieur, a créé une opinion publique qui ne peut plus être prisonnière du langage officiel. L’enfermement du régime sur lui-même, le fait de considérer toute critique comme intolérable l’a considérablement isolé et coupé de la réalité. Ne permettre aucun espace d’opposition a créé un vide dans lequel la jeunesse s’engouffre. Lorsque l’économie va moins bien, les restrictions de liberté et la corruption, acceptées jusqu’ici, deviennent inadmissibles. La révolte de la jeunesse tunisienne a eu un impact en Algérie. Là aussi, depuis la guerre civile de 1991, il n’y a pas d’espace pour une réelle opposition politique. Mais une grande partie de la population se demande ce que devient l’argent du pétrole : si les anciens sont plutôt résignés et ne veulent surtout pas retomber dans les atrocités de la guerre civile des années 90 - le terrorisme frappait durement le pays -, la jeunesse a moins de prévention, elle ne peut accepter d’être confrontée à l’absence de travail et de logements.

La jeunesse du Maghreb, globalisée, compare son sort à celui des autres. Elle n’accepte plus qu’au nom de la lutte contre le terrorisme et l’islamisme radical, on empiète sur ses libertés. Les gouvernements ne peuvent se réfugier derrière l’argumentation du complot venu de l’étranger ou du terrorisme. Les jeunes Tunisiens et jeunes Algériens sont patriotes et veulent au contraire vivre et réussir dans leur pays et reprochent à leurs aînés de ne pas leur en donner les moyens. Il est loin d’être certain que des mesures circonstancielles suffisent à les satisfaire.

En Egypte, en Jordanie, l’exemple tunisien est aussi suivi de près, là aussi, les difficultés économiques et sociales créent un environnement propice à la contestation. Les pays du Golfe n’ont pas les mêmes caractéristiques. La prospérité permet de satisfaire la plupart des demandes sociales et donc de limiter les revendications politiques. Ils sont en train de devenir des véritables acteurs politiques. Ils confirment la formule de Brzezinski selon lequel « désormais, l’ensemble de l’humanité est politiquement active ». Le Maghreb, le monde arabe n’avait aucune chance de résister à ce mouvement général. Le cocktail jeunesse éduquée et inégalités sociales est trop explosif, et ne peut être contenu par l’autoritarisme.