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Tous prisonniers ?

Pourquoi et comment nos libertés se perdent au nom de la sécurité

Publié le 10 juillet 2014

TOUS PRISONNIERS ?
Pourquoi et comment nos libertés se perdent au nom de la sécurité
(La postmodernité sécuritaire)

Hervé Pierre
Préface d’Alain Juillet

Liberté et sécurité sont au cœur de l’aventure humaine. Face à un monde cruel, la sécurité a d’abord été privilégiée au détriment de la liberté individuelle pour une simple question de survie. Avec le temps, plusieurs formes de sécurité ont vu le jour. Elles ont été récupérées par le politique qui y a trouvé une justification ultime permettant de réduire les libertés individuelles. De tout temps, la sécurité a donc été un outil de pouvoir. L’humain s’est habitué à la dialectique entre sécurité et liberté qui se résume à ce que l’on ne puisse avoir la première sans limiter la seconde. Toutefois, la liberté de l’âme, celle qui fait croire à un monde où liberté et sécurité ne se contredisent pas, n’a jamais été complètement accaparée par le politique. Et pour cause : elle se trouve en chacun de nous. Espace préservé de l’impact social politique, espace où Dieu se glisse, espace rival de l’Etat et de son emprise globalisante.
Redécouverte avec passion au 18e siècle, la liberté individuelle n’a cessé de faire reculer le pouvoir pour l’obtention de droits de plus en plus étendus. Mais, fait nouveau, on n’a pas pour autant abdiqué la revendication de la sécurité. La postmodernité sécuritaire du 21e siècle est précisément la demande irréaliste d’additionner une sécurité totale dans tous les domaines à une liberté sans limite. Le politique est sommé de garantir cette gageure : il ne peut y parvenir qu’en anomysant l’autorité qu’il refuse à présent d’endosser pour cause d’impopularité et en multipliant les machines. Ce faisant, il regagne par une surveillance généralisée diffuse une grande partie du terrain qu’il avait perdu sur les individus. Le 1984 d’Orwell nous attend. Face à lui, seule la liberté de l’âme, pour autant qu’elle ne soit pas contrôlée par l’Etat omniprésent et diffus, peut encore sauver l’idée même de liberté.
L’auteur
Après avoir une carrière de commissaire de police, Hervé Pierre a été responsable de sûreté de grands groupes industriels. Il est enseignant à l’Iris, diplômé de l’Ecole nationale supérieure de police et du FBI, auteur de La République, quelle pagaille aux éditions Baudelaire en 2011.
Sommaire
La première partie retrace l’histoire des sécurités et comment la liberté a été imposée aux gouvernants au 18e siècle par le mouvement des constitutions à base de séparation stricte des pouvoirs. L’exécutif moderne des démocraties se trouve chargé d’assurer la sécurité des libertés décidées par le peuple et ses représentants.
La deuxième partie décrit l’irruption après la seconde guerre mondiale de l’hyperindividualisme dans la gestion sociale. La loi, d’universelle, devient de plus en plus particulière pour satisfaire tous les egos, tous les « narratifs », mot promis à un grand avenir. Les priorités sociales, de collectives, deviennent individuelles mais chacun demande néanmoins à l’Etat sa propre protection contre tous les risques possibles et imaginables. Il en découle un maquis de lois, souvent appliquées arbitrairement par le pouvoir qui trouve là un moyen nouveau de s’immiscer dans la vie de tous.
La troisième partie montre comment les machines se substituent à la perte de l’autorité publique qui a cédé devant l’hyperindividualisme. Présentes dans tous les domaines, anonymes, ces machines remplacent l’homme chaque fois qu’il faut garantir une sécurité, tant en interne qu’en externe, les drones en sont un exemple typique. Leur capacité de remplacer l’humain fait courir le risque de déresponsabiliser celui-ci, le ravalant de la sorte lui aussi au rang de la machine. Peu à peu nos individualités forcenées nous ont rendus prisonniers les uns des autres à travers des machines de plus en plus perfectionnées. La reconquête de la liberté est à faire. Il est possible que la religion et la spiritualité trouvent là leur rôle le plus authentique.